Voici quelque temps déjà, voire assez longtemps, j'avais approché un chef d'orchestre, compositeur normand. Nous avions sympathisé et, de nos discussions naquit un projet : un oratorio. Au départ, celui-ci devait porter sur ce duc de Normandie qui conquit l'Angleterre. Finalement, je décidai, arbitrairement, de parler de Rollon, fondateur de la Normandie.
Je m'étais donc activement lancé dans l'écriture du livret. D'abord en me documentant, ensuite, en laissant aller ma plume.
Le fameux chef d'orchestre ayant apparemment décidé de ne plus m'adresser la parole pour une raison que j'ignore, il me semble donc que le projet a pris l'eau, voire a sombré corps et biens.
C'est pourquoi, je vous propose de lire le début de ce travail jusqu'au point où je me suis arrêté et qu'il ne dépassera sans doute jamais.
LA CHANSON DE ROLLON
(Titre provisoire)
[Le Narrateur] parlé
Je m'en vais vous conter une fort belle histoire :
Celle de ce Rollon qui fit trembler les Francs.
C'est en des temps obscurs que s'ouvre ce grimoire,
Au temps de Charles III, ce grand parmi les grands.
Chanté
Lorsque fut banni de Norvège
Le fier fils de Rogwald, Rollon,
On pouvait voir, sur l'horizon,
Venir la tempête de neige,
Laquelle recouvrirait tout
Après le départ de cet homme
Qui, disait-on, était un fou
Ayant dévasté le royaume.
C'est vers le sud qu'il navigua,
Jusque sur la terre danoise,
De forts gaillards il embarqua,
Des hommes dont aucune toise
Ne peut mesurer la valeur ;
Il continua son voyage,
À bord de son langskip moqueur,
Lequel ne fit jamais naufrage.
Parlons plutôt de ce guerrier :
Il était un géant nordique
Qu'aucun représentant hippique
N'avait jamais pu charrier ;
L'homme dépassait les deux mètres,
Sa carrure inspirait la peur
À tous, qu'il fussent serfs ou maîtres,
Il fut surnommé « le Marcheur ».
Il fit route vers la Francie,
Et, d'un fleuve large et puissant,
Remonta le cours accueillant.
Il trouva la région jolie.
Sur son chemin, il prit Rouen,
Puis en rehaussa la muraille,
Tout le monde allait le louant
Sur les nombreux champs de bataille.
Il remonta jusqu'à Paris
De l'embouchure de la Seine,
Mais cette bataille fut vaine
Et jamais Paris ne fut pris.
Puis il retourna sur la terre
Qu'il aimait tant, et de Bayeux
Il s'empara, ces faits de guerre
Honorèrent tous ses aïeux.
Ayant dévasté le Bessin,
Il repartit vers l'Angleterre
Pour aller, ce n'est un mystère,
Porter secours au souverain,
Alfred le Grand, et, trois années
Plus tard, il revint chez les Francs...
Nombre de villes sont tombées
Sous ses assauts que l'on dit francs.
En Angleterre et en Zélande,
Il continua son chemin,
Il accomplissait son destin
Et sa renommée était grande.
Il vainquit le comte Baimbaut,
Mettant à sac toute la Frise ;
S'aventura dans le Hainaut
Et profita de chaque prise !
Et la menace des Normands
Grandissait, tout le Saint-Empire
Tremblait car il craignait bien pire :
Que Normands devinssent puissants !
Cette menace scandinave
Inquiétant le roi Charles III,
Il convint qu'il était un brave
Et porta sur Saint-Clair son choix.
Parlé
C'est à Saint-Clair-sur-Epte, un fort charmant village,
Dormant dans le Vexin que furent réunis,
Afin de mettre un terme à l'horreur du pillage,
Charles III et Rollon, face à face, ennemis.
[Le Chœur des Barons]
Voyez venir l'imposante carrure
De ce Rollon, cette terreur des Francs !
Il vient ici avec ses fiers Normands,
Hommes du Nord adeptes du parjure,
Alors qu'il fut devant Chartres vaincu !
Souvenez-vous du voile de Marie
Qui fut brandi face à l'homme venu
Des froids pays de la Scandinavie !
Il vient ici, ce vaincu, en vainqueur,
Et notre roi verse dans la faiblesse !
Il va bientôt, à ce guerrier qui blesse
Le coeur des Francs, rendre un fort triste honneur
En l'accueillant juste au pied de son trône !
Hélas pour nous, ses fidèles barons,
Qui profitions du sol qu'il abandonne !
Quel triste jour, qu'icelui que vivons !
[Charles III]
Cela fait plusieurs jours, Rollon, que je t'attends,
Sois donc le bienvenu devant ma cour présente.
Approche, ne crains rien, car il est plus que temps
Que nous fassions la paix. Cette offre je présente :
Je t'offre la région entre l'Epte et la mer,
Je t'offre donc Lisieux, Évreux, Rouen la belle,
Je t'offre tout cela, et, libre de tout fer
Tu règneras en maître en ce pays fidèle.
Je t'offre tout cela, guerrier venu du Nord,
De tout ce grand pays tu feras ta patrie,
Mais je dois demander une contrepartie :
Tu devras, tu le sais, faire ce pays fort,
Tu devras protéger les côtes du royaume,
Empêcher tes barons de venir nous piller
Pour que rène la paix entre nous, cher grand homme.
Nous allons cet accord dans un instant signer.
[Rollon]
J'accepte ton offrande, ô mon Seigneur, mon roi !
Et je promets, bien sûr, de garder la Francie
Et de la préserver ; je te le jure, moi,
Rollon, fils de Rogwald, que la terre bénie
Que tu m'offres ce jour te soutiendra toujours !
Je viens donc près de toi te prêter allégeance,
Comme te servira toute ma descendance
Qui me succèdera à la fin de mes jours.
[Charles III]
Tu dois aussi te convertir,
Renier tes dieux scandinaves
Et dans l'Église t'investir,
Rollon, ainsi que tous tes braves !
[Rollon]
Je jure que je jurerai
Et fidélité et croyance
À votre dieu de bienveillance
Et que je vivrai dans le Vrai.
[Charles III]
Tout est donc dit, Rollon, il est maintenant temps
Que tu viennes ici pour prêter allégeance
Afin que notre accord dure à travers les ans :
Que tu deviennes Comte, ainsi que ton engeance !
[Le Chœur des Barons]
Voici venu l'instant de vérité !
Ce grand guerrier doit au roi se soumettre,
Doit accepter qu'icelui soit son maître !
Dans un instant, l'accord sera scellé,
Sauf si Rollon baiser le pied refuse !
Comment Normand peut accepter cela ?
Préparez-vous, et que la lame fuse
Si ce voyou ne baise ce pied-là !
Il approche du roi, il va s'agenouiller,
Déposer un baiser très bientôt sur le pied
De Charles. Que fait-il ? Ce Rollon ne se baisse !
Il prend le pied du roi et le porte à son front !
Ah ! Ah ! Pourquoi tant de rudesse ?
Ah ! Ah ! Quel est donc cet affront ?
Charles est maintenant le cul par-dessus tête !
Sur le pied le Normand dépose le baiser !
Nous devons le punir ! Oui ! Nous devons venger
L'affront qu'il nous a faits ! L'homme paiera sa dette !
[Charles III]
Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Notre accord est scellé !
[Le Chœur des Barons]
Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Le roi a décidé !
Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Rengainons nos épées !
Elles sont désormais inutiles : la paix,
La liberté sont instaurées !
Notre bon roi a accompli son faix !
[Charles III]
Je dois te demander une dernière chose
Voici ce que je te propose,
Tu n'est obliger d'accepter :
Je te donne la main de ma fille Gisèle
Pour unir nos maisons. Viens donc te présenter,
Ma chère enfant que je trouve si belle.
[Gisèle]
Je me mets à genoux devant vous, grand guerrier,
Je viens devant vous vous promettre
De vous servir, de vous aimer et d'être
Une épouse fidèle et à votre foyer
Apporter grande descendance.
Je me soumets à vous, vous promets allégeance !
[Rollon]
Viens près de moi, Gisèle, et ne crains pas de moi,
J'accepte ton offre, ô mon roi !
Je promets de chérir ta fille,
J'en ferai l'âme de mon fort
Et l'aimerai jusqu'à ma mort !
Elle est désormais ma famille.
[Le Chœur des Barons] en aparté
Ainsi se scelle donc l'avenir du pays,
Il tombe entre les mains de cet ancien pirate
Devenu, aujourd'hui, notre égal disparate...
Ce barbare a gagné ! Nous sommes ébahis !
Notre Roi, Charles III, hélas ! Nous a trahis !
Nous ne serons pas là si une guerre éclate !
[Rollon] en aparté
Je vois que les Barons semblent être indignés,
Il se peut que, demain, je doive les combattre,
Pour protéger ma terre et mon roi tant aimés,
Du foyer de Francie, un jour, je serai l'âtre.




